Terreux
Le mot qui ne désigne presque rien
Posez la question à un dégustateur : « votre vin, il sent quoi exactement ? » S'il répond « la truffe », vous voyez. S'il répond « le champignon », vous voyez aussi. S'il répond « terreux »… vous ne voyez plus vraiment.
Et c'est bien le problème. Truffe, humus, champignon, feuille morte : ce sont des noms, ils désignent des choses qui existent, qu'on peut aller sentir. « Terreux » n'est pas un nom, c'est un adjectif. Il ne désigne rien. Il signale seulement une vague ressemblance avec la terre en général.
Ce que dit la donnée
Au jour de cette analyse, sur les 4 143 729 expressions de dégustation analysées par Tastee, le vocabulaire de la terre pèse 26 637 occurrences. Voici comment il se répartit.
Les deux premiers ne nomment rien
Le podium est éloquent. En tête, « terreux », un adjectif qui ne désigne aucun objet. Juste derrière, « terre » tout court, un nom, cette fois, mais guère plus bavard : il nomme le sol en général, jamais ce qu'on y trouve.
À eux deux, ils pèsent 14 168 occurrences, soit plus de la moitié de tout le vocabulaire de la terre. La précision commence seulement au troisième rang, avec le champignon.
Pendant ce temps, les mots les plus précis s'éteignent. La feuille morte, 127 occurrences. L'humus, 287. La truffe, 736. Trois images pourtant limpides, que presque plus personne n'écrit. À lui seul, « terreux » pèse davantage que la truffe, l'humus, la terre humide, l'argile, la betterave, la racine, la poussière et la feuille morte réunis.
Le dégustateur a 1 616 façons différentes de dire « terreux », nous les avons comptées. Mille six cents variations autour d'un mot qui, au fond, ne dit qu'une chose : « ça me rappelle quelque chose du sol, et je n'irai pas plus loin ».
Pourquoi ces mots gagnent-ils toujours ?
Deux explications nous semblent plausibles.
La première : « terreux » est un mot sans risque. Écrire « truffe », c'est s'engager : si votre voisin de table ne la sent pas, vous avez tort. Écrire « terreux », c'est indiquer une direction sans jamais donner d'adresse. Personne ne peut réellement vous contredire.
La deuxième : les odeurs de sol sont réellement difficiles à décomposer. La géosmine, molécule que le nez humain détecte à quelques nanogrammes par litre, produit une impression massive et peu différenciée. On perçoit très bien qu'il se passe quelque chose ; mais on peine parfois à dire quoi.
Nommer plutôt que constater
La prochaine fois que « terreux » vous vient sous la plume, essayez de le remplacer. Champignon de Paris ou cèpe séché ? Cave humide ou terre après la pluie ? Humus de sous-bois ou poussière de chemin ? Vous pouvez même essayer pétrichor.
Vous vous tromperez parfois. Mais un dégustateur qui se trompe en essayant de nommer s'améliore peut-être parfois plus vite que celui qui a toujours raison en restant vague.
Vous aussi, notez vos propres arômes sur Tastee, aussi précis soient-ils ! Qui sait… la prochaine feuille morte de la base, c'est peut-être vous qui l'écrirez !
Vos notes de dégustation valent plus que ce que vous en faites
Des milliers de commentaires dorment dans des carnets, des tableurs et des boîtes mail. Tastee les transforme en profils sensoriels, en rapports partageables et en supports prêts à l'emploi : du profil d'une cuvée à la typicité d'une appellation, dans toutes les langues de vos dégustateurs.
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